Émergence de l'approche gérontologique en institution
Équipe soignante Soins de Longue Durée - CH Mazamet -
La gériatrie (gérontologie clinique) est une spécialité
médicale qui traite des maladies des sujets âgés.
La gérontologie désigne l'étude des modalités et
des causes des modifications que l'âge imprime au fonctionnement des humains,
sur tous les plans (biologique, psychologique et social) et à tous les
niveaux de complexité.
Il s'agit d'une approche des problèmes de la vie plutôt que d'une
discipline autonome : toutes les avancées des sciences biologiques et
des sciences humaines contribuent aux progrès de la gérontologie.
Aucun institut, ni aucun spécialiste, ne peut prétendre en dominer
tous les aspects.
La gérontologie embrasse quatre aspects en interaction constante :
le vieillissement physique : la perte progressive de la capacité du
corps à se renouveler ;
le vieillissement psychologique : la transformation des processus sensoriels,
perceptuels, cognitifs et de la vie affective de l'individu ;
le vieillissement comportemental : résultat des changements ci-dessus
dans le cadre d'un milieu donné et regroupant les aptitudes, attentes,
motivations, image de soi, rôles sociaux, personnalité et adaptation
;
le contexte social du vieillissement : l'influence qu'exercent l'un sur l'autre
l'individu et la société. Cet aspect touche la santé, le
revenu, le travail, les loisirs, la famille, etc.
En dehors du contexte soignant, la gérontologie est liée à
des disciplines comme la philosophie, les sciences politiques, la psychologie
de même que la sociologie et l'histoire.
Philosophie : pour pouvoir soigner les personnes âgées il faut
être capable de les écouter et pour cela il faut prendre conscience
de sa propre conception de la vieillesse.
Sciences politiques : les aînés représentent désormais
une force politique importante qui préoccupe les gouvernements de tous
les pays.
Psychologie : la psychologie du vieillissement est un domaine relativement nouveau.
Auparavant, les psychologues se consacraient davantage à l'étude
de l'enfance et de l'adolescence. Les préoccupations actuelles touchent
surtout le développement continu de la personne âgée.
Sociologie : la gérontologie sociale se penche sur l'influence de la
société sur les personnes âgées, leur comportement
social et l'impact de leur nombre sur les systèmes sociaux. Les recherches
dans ce domaine sont très nombreuses.
Histoire : cette discipline aide à comprendre l'origine et l'évolution
de tout ce qui se rapporte au vieillissement. On apprend ainsi que vers 1600
on reconnaît aux vieux le droit de mendier... En fait la gérontologie
s'est développée depuis les cinquante dernières années
du fait de la création de la Sécurité Sociale et de l'accroissement
de la longévité avec son corollaire, l'augmentation de troubles
cérébraux, de démences incurables.
L'importance du rôle de la technologie dans la guérison font que
le patient dont la maladie est incurable apparaît inexorablement aux professionnels
de la santé comme un échec, leur échec et celui de l'institution,
face à la mission reçue. La maladie d'Alzheimer ou les démences
de type Alzheimer des personnes âgées sont un rappel des limites
du savoir et des possibilités actuelles de la médecine.
De ce fait, il faut choisir une philosophie des soins : privilégier la
vie biologique d'un l'individu ou la vie bio psychosociale d'une personne ?
Soins gériatriques ou gérontologiques ?
Si on choisit la voie gériatrique, "l'ingeniering en machinerie
humaine"(Mattei), il faut accepter que "la technobiologie" soit
le critère discriminant ; et que "la sonde" soit reine.
L'angoisse professionnelle est évacuée. Par contre l'angoisse
humaine sur le sens, les valeurs de la vie, devient déstructurante.
Si on choisit la voie gérontologique il faut accepter que "l'autonomie"
soit le critère discriminant de la qualité des soins.
Bien sûr, dans cette deuxième optique, pour tout jeune diplômé,
la non prolifération de tuyaux et d'aiguilles donne l'impression que
le travail effectué n'a aucune valeur "médicale"!
Ceci découle de la culture hospitalière actuelle.
L'hôpital est une institution qui répond admirablement au défi
de la maladie. Il a permis la division du travail, le contrôle des urgences
; mais il a payé ses victoires et a sacrifié au nom de l'efficacité
les conditions de dignité et d'individualité qui font partie des
exigences humaines des bien portants, des malades et des mourants.
Certes nous avons appris à devenir des experts dans l'administration
d'instruments technologiques, mais nous avons diminué notre sensibilité
et notre foi en nos propres ressources et notre force intérieure. Nous
n'avons pas été formés à comprendre qu'on peut aider
rien qu'en étant un professionnel, tout autant qu'en faisant des actes
de professionnel.
Or, dans le grand âge, le protocole souvent figé des conduites
à tenir de la médecine curative fait place à d'autres exigences,
où l'agir garde toute son importance (agir médical sur la douleur,
agir infirmier et aide-soignant sur le nursing, etc.), mais où, parallèlement,
devient nécessaire un savoir-être, aussi important dans l'espace
de fin de vie que l'ont été auparavant le savoir et le savoir-faire.
Quitter le vocabulaire de la pathologie pour s'ouvrir à celui des capacités
restantes de la personne demande que les soignants acceptent qu'il soit hors
de leur portée de guérir la vieillesse. La seule façon
de vivre longtemps c'est de vieillir...accompagné de plusieurs symptômes
offerts ou masqués.
La réflexion sur le rapport avantages/inconvénients, découlant
des avancées de la médecine pendant les trente années d'après
guerre (qui ont privilégié l'aspect technologique : l'individu
abordé comme une machine, compliquée certes, mais qu'on peut démonter
et remonter ; ce qui est la logique de la matière) a conduit à
revoir l'approche de la personne âgée en intégrant la présence
d'inter-relations entre tous les éléments de sa structure, à
la percevoir complexe. À comprendre qu'on ne peut pas démonter
la personne et la réassembler sans lui faire perdre sa personnalité
; ce qui est la logique du vivant.
Au fil des ans, tout personne acquiert une complexité, aussi bien au
plan immunologique, neurophysiologique, que social et culturel par ses inter-relations
avec le milieu physique et humain qui l'entoure. Si son organisation corporelle
d'humain lui est donnée à la naissance elle acquiert au fil des
saisons de la vie sa structure "d'humanitude" (A.Jacquard). L'humanitude
va s'auto-construire jusqu'à la mort, en intégrant des données
hétérogènes et en les transformant en "Moi".
Si le soignant s'intéresse à la complexité du vivant il
fonctionne dans une optique gérontologique. Cette procédure analyse
les signes de l'organisme, mais les englobe dans l'appréciation du contexte,
les relie au passé et au futur, gère le "chaos" qu'est
susceptible de créer tout système vivant : générer
des événements imprévisibles.
Mais les soins de qualité pour les personnes âgées ont
un coût : prendre son temps.
Comme on le prend pour les adolescents chez qui se retrouvent d'ailleurs des
situations similaires à celles du grand âge : des détériorations
mentales après accident de la route, des crises dépressives avec
risque suicidaire, l'anxiété du lendemain, des anorexies ou boulimies,
le même fonctionnement psychique devant les menaces sur leur identité,
leur estime de soi.
Chacun, auprès de l'adolescent prend son temps pour ne pas créer
des maux par ses mots...
La vieillesse n'est pas une impasse thérapeutique, mais une avenue pour
des thérapeutiques différentes où le soignant est «thérapeute»
par ses attitudes, ses comportements, ses paroles...sa structure d'humanitude.